La course à l’endettement, le syndrome grec

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Cher tous,

Il est de bon sens de considérer qu’une collectivité, un organisme public ou un Etat ne doive pas dépenser davantage que ce qu’il a. L’endettement, c’est la dépendance vis à vis de son créancier. On vous prête, cependant pour être sûr de se faire rembourser, on exige des mesures plus ou moins drastiques. La Grèce en est le parfait exemple : maquillage de comptes pour intégrer la zone euro, niveau d’endettement dépassant les 160% du PIB, course à l’évasion fiscale… Les conditions étaient créées pour rompre tout lien de confiance entre la Grèce et ses créanciers, ces derniers réclamant maintenant des mesures socialement difficiles voire inacceptables pour le peuple. Les fonctionnaires sont purement et simplement licenciés, le salaire minimum est abaissé de 22% (!), de nouveaux impôts sont levés alors que dans le même temps, le taux de chômage explose, les entreprises ferment ou se délocalisent, les gens sont acculés à la misère. La faute à qui ?

Aux grands argentiers répondront certains, aux « banquiers », aux « politiques corrompus », à la « Banque Centrale Européenne qui refuse d’acheter des obligations d’Etat » (la critique est en partie justifiée à mon sens puisque la BCE, faute de prêter aux Etats, ouvre le robinet pour les banques qui ne réinvestissent pas forcément là où les besoins sont forts et se détournent des obligations d’Etat européennes). La faute au peuple aussi, même si cela est difficile à entendre : entre la corruption, l’évasion fiscale et le bulletin de vote. Le bulletin de vote est certainement l’arme la plus indolore sur le coup mais qui blesse fortement en bout de course : à voter pour l’homme ou la femme politique qui promettra toujours plus de dépenses, toujours moins d’impôts et qui se jouera du « rêve » ou de « l’espérance » des gens en sachant parfaitement qu’il n’a aucun moyen de les satisfaire, c’est ainsi que le pays coure à sa perte.

Au fil des siècles, à chaque fois que les Etats ont manqué d’argent, il s’agissait de période de guerre en cours ou à venir. A chaque fois que les Etats ont trop dépensé, sans compter, comme si l’argent tombait du ciel, les conséquences ont été dramatiques : en France, on exécutait les banquiers physiquement (les banquiers étaient souvent de grandes familles, il « suffisait » de tuer le patron), d’autres fois, on pillait les ressources internes (Philippe le Bel et le « trésor » des Templiers) ou externes (une guerre et le pillage organisé dans le pays vaincu). Au XXIème siècle, celles et ceux qui croient encore que la dépense publique irréfléchie et sans limite est « normale », se trompent lourdement et portent une responsabilité dans les mouvements de violence qui surviennent inexorablement ici ou là. L’heure est au choix – en Grèce qui sert d’exemple sur les pays qui pourraient suivre – entre « économies » et « chaos ». Pour autant, se battre à armes égales avec nos concurrents mondiaux est un préalable indispensable : qui peut accepter que l’Europe se bride dans sa capacité à contrôler son taux de change ou à ses possibilités de dévaluer sa monnaie (attention, trop dévaluer correspond à un « défaut » sur la dette extérieure) quand la Fed abonde le déficit américain (prévue à plus de 900Md$ en 2013 !) ou que la Chine bloque son taux de change pour exporter à bas coût ?

La situation est complexe, tendue, les marges de manoeuvres sont étroites – n’en déplaise à François Hollande et son coup de baguette magique pour renégocier les traités -, la vérité doit être dite calmement et sereinement sur la réalité des finances publiques, pour que chacun puisse entamer la révolution culturelle suivante : pour la première depuis l’après guerre, il va nous falloir dépenser moins et mieux pour éviter de se diriger vers une situation à la grecque… ambiance !

Lepoint.fr

Un micro, laissé ouvert par mégarde, jeudi dernier, lors de la dernière réunion des ministres des Finances de la zone euro, a semé, si c’est encore possible, un peu plus la consternation en Grèce. Wolfgang Schäuble, le ministre de l’Économie allemand, venait de confier à Vitor Gaspar, son homologue portugais, que si le Portugal se trouvait dans une situation semblable à celle de la Grèce, Berlin n’hésiterait pas à accepter des aménagements à un plan d’austérité qu’il refuserait pour Athènes.

Bien sûr, il s’agissait d’un aparté qui n’aurait jamais dû être connu, mais inutile de préciser que la confidence aussi désinvolte que maladroite a un peu plus convaincu les Grecs qu’ils sont devenus pour de bon les parias de l’Europe. Quels que soient les efforts qui leur sont demandés, la zone euro leur en demandera toujours plus. Ils auront beau se serrer la ceinture au-delà du raisonnable, ils ne parviendront plus à rétablir une confiance sans laquelle on les voit mal se tirer d’affaire, tant qu’ils sont dans l’eurozone.

25 % de chômage

Or, même si dans un passé récent la Grèce a trompé ses partenaires, vécu à crédit en profitant de l’euro, caché des statistiques qui l’auraient obligé à contrôler le nombre effarant de ses fonctionnaires, manqué à son obligation de lever l’impôt de façon équitable comme cela se pratique dans n’importe quelle démocratie européenne, elle est depuis plus d’un an dans une situation qui ressemble à la grande dépression des années trente.

Cela donne lieu à des scènes que l’on espérait ne plus jamais voir dans nos pays prospères : des fermiers qui viennent à Athènes ou à Salonique distribuer à prix coûtant, quand ce n’est pas gratuitement, les produits que les citadins n’arrivent plus à acheter, provoquant d’ailleurs de véritables émeutes parmi les affamés. Des enfants, dans leurs salles de classe, ne quittant plus leurs anoraks et leurs bonnets parce que la diminution de 55 % des crédits de l’éducation, conjuguée à la hausse des taxes sur le fioul, oblige les directeurs d’école à arrêter de chauffer leurs locaux. Des dizaines de jeunes gens qui errent sans but apparent dans les rues des villes, parce que plus de 25 % d’entre eux sont au chômage dans un pays de 11 millions d’habitants, dont on estime aujourd’hui que moins de 4 millions ont un emploi.

Deux tiers de l’aide directement pour les créanciers

Le parlement grec a donc accepté le sixième (!) plan d’austérité qui lui était imposé. Les rues d’Athènes se sont enflammées en des manifestations qui peuvent basculer à tout moment vers une situation incontrôlable. 15 000 fonctionnaires vont être licenciés, les salaires vont être diminués de 22 %. Et les spécialistes annoncent déjà que sur les 130 milliards d’euros d’aide, enfin acceptés par l’eurogroupe et le FMI, les deux tiers ne serviront pas à donner un peu d’oxygène au gouvernement grec, mais à rembourser ses créanciers ! Autant dire que bien peu d’économistes se font encore d’illusions sur la capacité de la Grèce à se tirer d’affaire sans sortir de l’euro. Ce que Wolfgang Schäuble, encore lui, a confirmé ce week-end à sa manière toujours délicate : dans un journal allemand, il a déclaré que sauver la Grèce de la faillite serait autrement plus difficile que ne l’avait été l’absorption de la RDA après la réunification.

La Grèce l’a bien cherché. Mais elle est donc définitivement humiliée. Est-ce ainsi que l’on peut inciter ce pays à mettre tout en oeuvre pour se redresser ? Un mot court aujourd’hui dans les rues d’Athènes : que nous sortions ou non de l’euro le résultat sera le même, la Grèce appartient définitivement à un autre continent.

 

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