Le sommet européen a-t-il vraiment sauvé l’euro ?

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Cher tous,

La semaine dernière a eu lieu le sommet européen de « la dernière chance » comme se sont plus à la présenter les médias dans leur ensemble. Au menu de ce mercredi 26 octobre 2011, c’était le sauvetage de l’euro qui était tout simplement à l’ordre du jour. Présenté dès jeudi matin comme une « réussite » et une « vraie réponse européenne » face à la crise, qu’en est-il vraiment ? L’amélioration est-elle conjoncturelle jusqu’au prochain échauffement des marchés ou plus structurelle et durable ?

A Bruxelles, mercredi nuit, les pompiers à l’oeuvre, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, ont joué leur partition du mieux qu’ils pouvaient à « système constant ». Par « système constant », j’entends que les fondamentaux économiques de l’accord ne sont pas nouveaux, ils sont juste des prolongements de mesures existantes…

La première avancée porte sur l’effacement d’une partie de la dette grecque (environ 100Md€), perte sèche pour le secteur privé. Les banques acceptent donc « volontairement » de renoncer à 100Md€ de dette. C’est beaucoup pour les banques mais c’est bien peu au final si la Grèce avait faillite. Accepter une décote de 50% est mieux qu’une perte nette de 100% de l’argent investi ! Bref, cela permet de donner une bouffée d’oxygène à la Grèce. Au passage, le plan d’aide public à la Grèce a été revu : 100Md€ seront prêtés à la Grèce par le Fonds Européen de Stabilité Financière d’ici 2014, en contrepartie de mesures d’austérité plus drastiques que la Grèce devra adopter (notamment via des privatisations, en d’autres termes, en cédant les bijoux de la mariée…).

La seconde avancée concerne la recapitalisation des banques. Elles auront l’obligation d’atteindre 9% de fonds propres d’iic au 30 juin 2012. 9% de fonds propres signifie que les banques, pour 100€ d’argent prêtée, devront avoir 9€ en caisse « au cas où » l’emprunteur ne pourrait pas rembourser. On pourrait trouver ça délirant mais les banques n’avaient à l’heure actuelle que 5 à 8% de fonds propres pour des montants de prêts entre 10 et 20 fois supérieurs ! C’est ce que l’on appelle « l’effet de levier ». Cet effet de levier ne fonctionne bien évidemment que lorsque les conditions économiques sont favorables, à savoir quand les emprunteurs remboursent sans encombres… ce qui, indirectement, implique que la croissance soient suffisamment importantes. Autrement, les emprunteurs font faillite (par exemple, une PME met la clé sous la porte), les banques ne sont pas remboursées (elles peuvent solliciter des assureurs mais si les pertes à encaisser sont trop importantes, les assureurs font eux-mêmes faillites…) et rapidement le niveau de fonds propres peut ne pas suffire ; à ce moment là, c’est le scénario catastrophe : la banque devient insolvable (à ne pas confondre avec illiquide, situation dans laquelle la banque ne peut pas mettre à disposer immédiatement l’argent qu’elle a en réserve, car celui ci est généralement placé sur les marchés). Le meilleur et plus récent exemple est celui de Dexia : la banque est devenu insolvable suite à de mauvais placements financiers, risqués, qui ont fini par ne plus valoir grand chose… La suite est simple : les Etats entrent en jeu pour ne pas ruiner les épargnants et démantèlent par la même occasion la banque par divers moyens (pour Dexia, une « bad bank » est créée, d’environ 120Md€, rassemblant tous les actifs pourris, qui seront ensuite cédés au marché si la conjoncture s’améliore).

La troisième avancée, est le renforcement du FESF. Sa capacité d’action est portée à 1 000Md€ par effet de levier (cf ci-dessus), autrement dit, il pourra prêter jusqu’à 1 000Md€ sans pour autant détenir un seul euro réel… Néanmoins, des modalités restent à mettre en place pour que des pays étrangers, notamment les pays émergents qui eux cherchent à placer leurs excédents, puissent investir dans ce fonds européen.

Pour ce qui est des accords de gouvernance économique de la zone euro, de nombreuses intentions ont été renouvelées. Pour autant, en l’état actuel du cadre institutionnel européen et des égoïsmes nationaux, il paraît difficilement envisageable que les Etats cèdent une partie de leur souveraineté, aussi faible soit-elle (et, en l’occurrence, céder la gouvernance économique est loin d’être un domaine « faible » !).

En conclusion, je ne suis pas certain que l’accord de mercredi règle quoi que ce soit. Si les tensions peuvent s’apaiser temporairement, rien de structurel n’a été mis sur la table. En avril prochain, un vrai test aura lieu avec l’Italie qui devra renouveler près de 400Md€ de dette souveraine arrivée à échéance. On verra si d’ici là, les gouvernements nationaux, notamment grecques et italiens, auront pris les mesures d’austérité qui s’imposent. La situation française sera également intéressante à suivre… Lors de son allocution de jeudi soir, le président de la République a, à juste titre, rappelé la responsabilité de tous (électeurs, élus mais aussi médias) dans la dégradation des comptes publiques. Comme le disait récemment G. Carrez, rapporteur du budget à l’Assemblée Nationale, « dans chaque niche (fiscale) se cache un chien qui aboie ». Et bien, en termes de dépenses publiques c’est exactement la même chose : chacun lobby pour ses intérêts particuliers avant de penser à l’intérêt de tous. Nous gagnerions à s’inspirer des pays scandinaves en la matière ; la Norvège, par exemple, constitue des réserves issues des revenus pétroliers et les investit dans un fonds souverain qui, par les intérêts des placements, finance quasi-entièrement le budget de l’Etat. Intéressant non ?

J’ai trouvé, à titre personnel, que le président de la République disait des choses vraies : depuis 1974, tous les gouvernements, de droite comme de gauche, sont responsables de la quasi-faillite dans lequel se trouve l’Etat. Il est ainsi de la responsabilité de tous, citoyens et gouvernants, de remédier à la situation, en acceptant des sacrifices qui permettront de préserver l’essentiel. Autrement, ce sera l’ensemble du système institutionnel qui s’effondra… La marge manoeuvre est plus que limitée, dans une économie entrant en récession (la France est entrée en récession en octobre). De nouveaux efforts seront nécessaires ; espérons que tous en sont conscients et ne continueront pas à tenir des discours aussi simplistes que « De l’argent il y en a », qui s’apparentent davantage à du populisme qu’à du pragmatisme.

A suivre donc, encore une fois…

 

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